Publié le 12 mars 2024

La fragmentation des soins est le principal risque pour un patient âgé polypathologique, menant à des erreurs médicamenteuses et des réadmissions évitables.

  • Le gériatre n’est pas un médecin de plus, mais l’architecte qui analyse la complexité globale et définit la stratégie de soins.
  • La conciliation médicamenteuse à chaque transition (entrée/sortie d’hôpital) est le geste de sécurité le plus critique à exiger.

Recommandation : Adoptez une posture de « chef de projet » de la santé de votre proche : centralisez l’information, anticipez les ruptures de parcours et exigez une coordination active entre les intervenants.

Le classeur déborde d’ordonnances, les rendez-vous s’empilent chez le cardiologue, le neurologue, le diabétologue, et le médecin traitant semble parfois lui-même dépassé. En tant qu’aidant d’un proche âgé souffrant de multiples pathologies, ce sentiment de naviguer à vue dans un système de santé fragmenté est une réalité épuisante. Vous êtes au centre d’un réseau complexe, chargé de faire le lien entre des spécialistes qui ne communiquent pas toujours entre eux, avec la crainte constante d’un oubli, d’une interaction médicamenteuse dangereuse ou d’une nouvelle hospitalisation qui aurait pu être évitée.

Face à cette complexité, le réflexe est souvent de se concentrer sur la logistique : prendre les rendez-vous, gérer les transports, s’assurer que les médicaments sont pris. Pourtant, cette approche, bien qu’essentielle, ne fait que subir le rythme des crises. La véritable optimisation du parcours de soin ne réside pas dans une meilleure gestion d’agenda, mais dans un changement de posture. Il s’agit de passer du rôle de coordinateur réactif à celui de véritable gestionnaire de projet de la santé de son proche. L’objectif n’est plus seulement de « gérer » les maladies, mais de construire un Plan de Soin Unifié (PSU) qui anticipe les risques et maintient l’autonomie le plus longtemps possible.

Cet article, conçu depuis ma perspective de gériatre hospitalier, n’est pas une liste de conseils de plus. C’est une feuille de route stratégique. Nous allons déconstruire les points de rupture critiques du parcours de soin et vous donner les outils et les questions pertinentes pour reprendre le contrôle, non pas en vous substituant aux médecins, mais en devenant leur partenaire le plus efficace et informé.

Pour vous guider dans cette démarche systémique, nous aborderons les leviers d’action essentiels qui vous permettront de sécuriser le parcours de votre proche à chaque étape clé. Voici les points que nous allons explorer en détail.

Pourquoi consulter un gériatre est différent de voir son médecin traitant habituel ?

La question est légitime : pourquoi ajouter un spécialiste de plus dans un parcours déjà surchargé ? La réponse réside dans la différence de perspective. Votre médecin traitant a une vision longitudinale de la santé de votre proche, il le suit sur des années. Le gériatre, lui, apporte une vision systémique et transversale à un instant T. Son rôle n’est pas de remplacer le cardiologue ou le pneumologue, mais d’être l’architecte qui analyse comment les différentes pathologies, les traitements, l’environnement social et les capacités cognitives interagissent. Il est le spécialiste de la complexité. Alors que le médecin traitant gère les problèmes au fur et à mesure, le gériatre est formé pour hiérarchiser les priorités et déceler les syndromes gériatriques (chutes, dénutrition, confusion) qui sont souvent le résultat de multiples facteurs.

Cette approche est cruciale car la polypathologie n’est pas une simple addition de maladies. Selon les données de la Haute Autorité de Santé, si 57% des personnes de 75 ans et plus ont au moins une affection de longue durée, près de 40% en cumulent au moins deux. Cette accumulation crée une complexité exponentielle qu’un spécialiste d’organe ne peut adresser seul. Le gériatre va réaliser une Évaluation Gériatrique Standardisée (EGS), qui n’est pas juste un examen médical mais un bilan à 360° incluant la cognition, la mobilité, la nutrition, l’humeur et l’environnement social.

Étude de cas : L’approche multidisciplinaire en gériatrie

Pour illustrer cette approche, l’American Hospital of Paris a mis en place pour les patients de plus de 80 ans avec des troubles complexes une triple évaluation systématique par un neurologue, un psychiatre et un gériatre. Cette collaboration permet de démêler les causes multifactorielles d’un symptôme (par exemple, une confusion soudaine) et de proposer un plan de soin qui adresse toutes les facettes du problème, en incluant un soutien spécifique pour l’aidant principal. C’est la signature de l’approche gériatrique : ne pas traiter une maladie, mais prendre en charge une personne dans sa globalité.

Consulter un gériatre, c’est donc s’offrir une vision d’ensemble, une stratégie de soin hiérarchisée et un plan d’action concret. C’est l’étape fondatrice pour transformer un parcours de soin chaotique en une trajectoire maîtrisée. Le compte-rendu du gériatre deviendra la pierre angulaire de la coordination pour tous les autres intervenants, y compris le médecin traitant.

Comment éviter les interactions dangereuses quand on prend plus de 5 médicaments par jour ?

La réponse directe est la conciliation médicamenteuse. Il ne s’agit pas simplement de vérifier une liste, mais d’un processus actif et rigoureux mené par un professionnel (idéalement un pharmacien clinicien) pour s’assurer que le traitement est cohérent, complet et sûr à chaque transition du parcours de soin (entrée à l’hôpital, sortie, changement de service). C’est le principal rempart contre la iatrogénie médicamenteuse, c’est-à-dire les effets indésirables liés aux médicaments. Ce risque est majeur : on estime que près de 21,7% des hospitalisations des personnes âgées sont directement liées à des problèmes de traitement.

En tant qu’aidant, vous êtes un acteur clé de cette conciliation. Votre rôle est de devenir le gardien de la « vérité médicamenteuse ». Cela implique de tenir à jour une liste exhaustive et précise de TOUS les traitements : ceux prescrits par les spécialistes, le médecin traitant, mais aussi l’automédication (antidouleurs, vitamines, somnifères…). Cette liste doit mentionner le nom du médicament, le dosage, la posologie (combien de fois par jour et à quel moment) et la raison de la prescription. À chaque consultation ou hospitalisation, présentez ce document unique. Ne partez jamais du principe que « tout est dans le dossier ».

L’enjeu de la conciliation médicamenteuse est de s’assurer que les informations circulent correctement entre les différents acteurs du parcours de santé. Pour cela, un pharmacien et un patient âgé peuvent échanger pour mettre au clair l’ensemble des traitements.

Pharmacien hospitalier discutant avec un patient âgé de son traitement médicamenteux dans un environnement chaleureux

Cette démarche proactive est illustrée par des initiatives hospitalières concrètes. Par exemple, à l’hôpital Emile Roux, les pharmaciens ont mis en place un protocole de conciliation en consultant systématiquement au moins trois sources (patient, entourage, dossier médical) pour établir un bilan médicamenteux optimisé. Cette approche a non seulement permis de réduire drastiquement les erreurs mais aussi d’améliorer la transmission d’informations entre l’hôpital et les professionnels de ville, un point de rupture classique et dangereux. Exigez cette sécurité : à la sortie de l’hôpital, demandez explicitement « La conciliation médicamenteuse a-t-elle été faite ? ».

Hôpital de jour ou hospitalisation à domicile : quelle structure pour un bilan complet ?

Le choix entre un Hôpital de Jour (HDJ) et une Hospitalisation à Domicile (HAD) pour réaliser un bilan complet est une décision stratégique qui doit être guidée par l’objectif de l’évaluation. Ces deux structures, bien que visant à éviter une hospitalisation classique, répondent à des besoins très différents. L’HDJ est un lieu de diagnostic, tandis que l’HAD est un outil d’évaluation en situation. Le développement de l’hospitalisation à domicile est d’ailleurs une tendance de fond ; en 2020, l’HAD représentait déjà 7,6% des journées d’hospitalisation complète, montrant son importance croissante dans les parcours de soin.

L’HDJ est la solution à privilégier lorsque le patient nécessite une série d’examens techniques complexes sur une courte période (une journée ou une demi-journée). C’est l’endroit idéal pour regrouper une consultation gériatrique, des examens d’imagerie (scanner, IRM), des bilans sanguins poussés et des avis de spécialistes (cardiologue, neurologue…). L’avantage est l’accès à un plateau technique complet en un seul lieu, optimisant le temps et l’énergie du patient et de l’aidant. L’objectif est de poser un diagnostic, d’ajuster un traitement lourd ou d’évaluer l’origine d’un symptôme complexe comme une perte de poids inexpliquée.

L’HAD, en revanche, est indiquée quand la question n’est plus « de quoi souffre le patient ? » mais « comment le patient vit-il avec ses pathologies dans son environnement ? ». Elle permet d’observer les difficultés au quotidien : comment se passent les levers, les repas, la toilette ? Les troubles de la marche sont-ils majorés par la configuration du logement ? L’HAD est donc parfaite pour une évaluation de l’autonomie, l’adaptation de l’environnement, ou la gestion de soins complexes (pansements, perfusions) qui ne nécessitent pas un plateau technique hospitalier mais une surveillance et une coordination professionnelles. Le tableau suivant synthétise les critères de choix.

Comparaison HDJ vs HAD pour l’évaluation du patient polypathologique
Critères Hôpital de Jour (HDJ) Hospitalisation à Domicile (HAD)
Type d’évaluation Bilans médicaux complexes, examens multiples Évaluation dans l’environnement habituel
Durée Journée ou demi-journée Plusieurs jours à semaines
Plateau technique Accès complet (imagerie, laboratoire) Limité, examens externalisés
Coût moyen Standard hospitalier 3 à 4 fois inférieur à l’hospitalisation classique
Indications privilégiées Diagnostic complexe, examens spécialisés Évaluation autonomie, adaptation domicile

En résumé, pour un bilan d’entrée dans la complexité ou une réévaluation face à un nouveau symptôme, l’HDJ est souvent la porte d’entrée. Pour organiser un retour à domicile sécurisé ou évaluer la perte d’autonomie dans la vie réelle, l’HAD est l’outil le plus pertinent.

L’erreur d’attendre la chute pour traiter les troubles de l’équilibre

L’approche la plus courante face aux troubles de l’équilibre est réactive : on s’en préoccupe après la première chute. C’est une erreur stratégique fondamentale. La chute n’est pas un événement fortuit, c’est le symptôme final et brutal d’un processus de dégradation souvent lent et multifactoriel. Attendre la chute pour agir, c’est comme attendre l’incendie pour acheter un extincteur. Les chiffres sont sans appel : en France, on estime que 2 millions de personnes de 65 ans et plus chutent chaque année, et ces chutes représentent la première cause de décès accidentel dans cette population. Une politique de prévention active est donc non seulement souhaitable, mais vitale.

Traiter les troubles de l’équilibre en amont, c’est d’abord les identifier. Les signes d’alerte sont souvent discrets : une hésitation à se lever d’une chaise, un besoin de s’agripper aux murs pour se déplacer, une marche qui se fait à plus petits pas, une peur de sortir seul. Ces signaux doivent déclencher une évaluation spécifique par le médecin ou un kinésithérapeute. Les causes peuvent être multiples : baisse de la vue ou de l’audition, effets secondaires de médicaments, faiblesse musculaire, problèmes d’oreille interne, ou tout simplement un domicile devenu un parcours d’obstacles.

L’aménagement du domicile est l’un des piliers de cette prévention. Il ne s’agit pas de transformer la maison en hôpital, mais de la rendre plus sûre et lisible pour une personne dont les capacités déclinent. Des solutions simples et souvent peu coûteuses peuvent avoir un impact majeur.

Intérieur d'un domicile adapté pour senior avec aménagements de sécurité visibles

La prévention repose sur une approche globale. Outre l’adaptation du domicile, il est essentiel de :

  • Faire réviser régulièrement les traitements médicamenteux pouvant causer vertiges ou somnolence.
  • Encourager une activité physique adaptée (marche, tai-chi, gymnastique douce) pour maintenir la force musculaire et le sens de l’équilibre.
  • Assurer des contrôles réguliers de la vue et de l’audition, car ce sont nos principaux capteurs d’environnement.
  • Veiller à une hydratation et une alimentation suffisantes, une déshydratation même légère pouvant provoquer des étourdissements.

L’objectif est de créer un écosystème de sécurité autour de la personne, où le domicile, le corps et le traitement médical concourent tous à prévenir la chute.

Sortie d’hôpital : comment organiser le retour à domicile pour éviter la réadmission en 30 jours ?

La sortie d’hôpital est une période de très haute vulnérabilité. Le patient est médicalement stable mais physiquement et psychologiquement affaibli, et il retourne dans un environnement qui n’a pas changé alors que lui, si. Une sortie mal préparée est la cause principale des réadmissions précoces, souvent qualifiées d' »hospitalisations tournantes ». Pour l’éviter, il faut considérer la sortie non pas comme un événement ponctuel (le jour J), mais comme un processus qui commence au moins 72 heures avant et se poursuit 72 heures après. La clé est une planification méthodique et une communication sans faille.

L’une des options pour préparer ce retour est le passage par un établissement de Soins de Suite et de Réadaptation (SSR). Ces structures, qui accueillent majoritairement des patients de plus de 70 ans, sont conçues pour assurer la transition entre le soin aigu hospitalier et le retour à domicile. La préparation de la sortie y est une mission centrale, impliquant l’équipe soignante, l’assistante sociale et la famille pour anticiper et organiser toutes les aides nécessaires (plan d’aide APA, matériel médical, passage d’infirmiers…). Cependant, que le retour se fasse depuis un SSR ou directement depuis l’hôpital, un plan d’action rigoureux est indispensable.

Voici un plan d’action en 3 temps que chaque aidant devrait avoir en tête pour sécuriser le retour à domicile :

  1. Phase d’Anticipation (J-3) :
    • Vérifiez l’ordonnance de sortie et assurez-vous qu’une conciliation médicamenteuse a été réalisée.
    • Planifiez dès maintenant les rendez-vous de suivi indispensables (médecin traitant, spécialiste).
    • Commandez et faites livrer le matériel médical nécessaire (lit médicalisé, déambulateur, oxygène).
  2. Le Jour de la Sortie (Jour J) :
    • Ne partez jamais sans un dossier complet : compte-rendu d’hospitalisation, lettre pour le médecin traitant, résultats d’examens.
    • Clarifiez avec l’infirmière ou le médecin : « Quels sont les 3 signes d’alerte qui doivent me faire vous rappeler ? ».
    • Notez précisément : « Qui dois-je appeler si un problème survient ce soir à 22h ? ». Obtenez un numéro direct, pas juste « les urgences ».
  3. Phase de Surveillance (J+3) :
    • Prenez contact avec le médecin traitant pour lui transmettre le compte-rendu et faire un premier point.
    • Vérifiez que les aides à domicile (SSIAD, aide-ménagère) sont bien en place et que les interventions se passent comme prévu.
    • Soyez attentif à l’état psychologique du patient : un retour à domicile peut être anxiogène. Évaluez son moral et son adaptation.

Cette approche structurée permet de transformer une période de stress et d’improvisation en une transition maîtrisée, réduisant considérablement le risque d’un retour prématuré à l’hôpital.

SSIAD ou infirmiers libéraux : lequel choisir pour une prise en charge de la dépendance lourde ?

Lorsque les soins à domicile deviennent quotidiens et techniques (aide à la toilette, pansements complexes, injections…), le choix se pose souvent entre faire appel à un Service de Soins Infirmiers à Domicile (SSIAD) ou à des Infirmiers Diplômés d’État Libéraux (IDEL). Les deux options sont prises en charge à 100% par l’Assurance Maladie sur prescription médicale, mais leur mode de fonctionnement et la relation qu’ils instaurent sont très différents. Le choix dépendra autant des besoins médicaux que du profil psychologique et social du patient et de sa famille.

Le SSIAD fonctionne comme une structure intégrée. Il emploie des aides-soignants et des infirmiers salariés qui interviennent selon un planning défini par une infirmière coordinatrice. C’est un système très organisé, avec des protocoles standardisés et un interlocuteur unique (la coordinatrice) pour toute la gestion des soins. Cette option est idéale pour les situations nécessitant une grande prévisibilité, une routine stable et une coordination avec de multiples autres intervenants (kiné, orthophoniste…). Le patient et sa famille bénéficient de la réassurance d’une structure, avec toujours une solution de remplacement en cas d’absence d’un soignant. L’inconvénient peut être un certain manque de souplesse et un roulement des intervenants, ce qui peut être déstabilisant pour certains patients.

Les infirmiers libéraux (IDEL) offrent une approche plus personnalisée. En général, le patient traite avec un ou deux infirmiers d’un même cabinet, ce qui permet de construire une relation de confiance forte et durable. Cette proximité est un atout majeur pour les patients anxieux ou ayant besoin d’un lien humain privilégié. Les IDEL font preuve d’une plus grande flexibilité horaire et peuvent adapter leurs protocoles plus facilement aux habitudes du patient. L’inconvénient est que la coordination repose davantage sur la communication directe entre l’aidant, le médecin et l’infirmier. En cas d’absence (vacances, maladie), la continuité des soins doit être organisée par le cabinet.

Le témoignage d’un proche-aidant illustre bien comment ces systèmes peuvent se compléter. Pour sa mère de 79 ans, une organisation mixte a été mise en place. Suite à une hospitalisation, un retour à domicile avec une HAD (qui s’appuie souvent sur des SSIAD ou des IDEL conventionnés) a été préféré à un séjour en SSR pour ne pas la déstabiliser. Cela a permis de maintenir son équilibre de vie, même si cela a demandé une présence renforcée de l’aidant. La complémentarité entre les différents services a été la clé du succès. Le tableau suivant résume les points clés pour guider votre choix.

SSIAD vs Infirmiers libéraux : critères de choix
Critères SSIAD Infirmiers Libéraux (IDEL)
Organisation Système intégré, horaires fixes Relation personnalisée, horaires flexibles
Nombre d’intervenants Équipe pluridisciplinaire Un ou deux interlocuteurs privilégiés
Protocoles Standardisés et encadrés Adaptables selon les besoins
Coordination Un coordinateur unique Contact direct avec l’intervenant
Profil patient idéal Besoin de routine et structure Besoin de lien humain fort
Prise en charge financière 100% Sécurité sociale si prescrit 100% Sécurité sociale si prescrit

Comment se déroule une évaluation GIR à domicile et comment s’y préparer ?

L’évaluation GIR (Groupe Iso-Ressources) est un moment pivot dans le parcours de maintien à domicile. C’est cette évaluation, menée par une équipe médico-sociale du département, qui va déterminer le niveau de perte d’autonomie de votre proche et, par conséquent, le niveau d’aide financière auquel il peut prétendre via l’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA). L’APA est spécifiquement attribuée aux personnes classées en GIR 1 à 4, qui correspondent aux niveaux de dépendance les plus importants. Une bonne préparation à cette visite est donc cruciale pour obtenir une aide juste et adaptée à la réalité de la situation.

La visite se déroule au domicile de la personne âgée. L’évaluateur (souvent une infirmière ou une assistante sociale) va utiliser la grille AGGIR (Autonomie Gérontologie Groupes Iso-Ressources) pour observer et questionner la capacité de la personne à réaliser les actes essentiels de la vie quotidienne. Il s’agit de 10 activités « corporelles et mentales » (cohérence, orientation, toilette, habillage, alimentation, élimination, transferts, déplacements intérieurs, déplacements extérieurs) et 7 activités « domestiques et sociales » (gestion, cuisine, ménage, transport, achats, suivi du traitement, loisirs). L’évaluateur note pour chaque item si l’acte est fait seul, partiellement, ou pas du tout.

L’erreur la plus fréquente, par pudeur ou par volonté de « bien faire », est de minimiser les difficultés le jour de la visite. Le patient, et parfois l’aidant, tendent à présenter une version embellie de la réalité. Pour éviter cet écueil, la préparation est essentielle. Il ne s’agit pas de mentir, mais d’objectiver la perte d’autonomie avec des faits concrets. La meilleure méthode est de tenir, la semaine précédant la visite, un « journal de bord de la dépendance ».

Votre plan d’action pour préparer l’évaluation GIR

  1. Documenter les aides : Une semaine avant la visite, commencez à noter chaque moment de la journée où votre proche nécessite une aide, même minime. Notez l’heure, l’action (ex: se lever des toilettes, couper sa viande) et le niveau d’aide (stimulation verbale, aide partielle, aide totale).
  2. Collecter les preuves : Rassemblez tous les documents pertinents : ordonnances récentes, comptes-rendus d’hospitalisation, factures des services d’aide déjà en place (aide-ménagère, portage de repas).
  3. Lister les difficultés : Préparez une liste écrite des difficultés concrètes et des incidents récents : chutes ou quasi-chutes, oublis de médicaments, difficultés à utiliser le téléphone, épisodes de désorientation.
  4. Préparer les questions : Listez les questions que vous vous posez sur les aides possibles, les aménagements du logement, les solutions de répit. La visite est aussi un moment de conseil.
  5. Être présent et factuel : Le jour J, votre présence est indispensable. Ne répondez pas à la place de votre proche, mais soyez prêt à compléter ses réponses avec des exemples factuels issus de votre journal de bord (« Hier, il a eu besoin d’aide pour boutonner sa chemise », « Lundi, j’ai dû lui rappeler de prendre son médicament du midi »).

Cette préparation méthodique permet à l’évaluateur de disposer d’un tableau juste et complet, garantissant une évaluation et un plan d’aide qui correspondent véritablement aux besoins.

À retenir

  • Le gériatre est l’architecte du parcours de soin complexe, apportant une vision systémique essentielle que ne peut avoir le spécialiste d’organe.
  • La conciliation médicamenteuse est le geste de sécurité non-négociable à chaque transition (entrée/sortie d’hôpital) pour prévenir la iatrogénie.
  • L’aidant doit se positionner en « chef de projet » de la santé de son proche, en documentant, anticipant et exigeant une coordination active entre les soignants.

Comment organiser un maintien à domicile sécurisé quand la mobilité décline ?

Organiser un maintien à domicile sécurisé ne se résume pas à installer une barre d’appui dans la douche. C’est une démarche globale qui vise à créer un écosystème de sécurité, un environnement où les risques sont minimisés et où une réponse rapide peut être apportée en cas d’incident. Cette approche systémique est la conclusion logique de tout ce que nous avons vu : elle intègre la bonne coordination des soignants (SSIAD/IDEL), la prévention active des risques (chutes), la sécurisation du traitement (conciliation médicamenteuse) et une juste évaluation des besoins (GIR).

Le premier pilier de cet écosystème est l’adaptation du logement. Il s’agit de repenser l’espace de vie non pas comme un lieu figé, mais comme un outil thérapeutique. Cela passe par des actions simples comme la suppression des tapis, l’amélioration de l’éclairage (notamment les chemins nocturnes vers les toilettes), la libération des espaces de circulation et l’installation d’aides techniques (rehausseur de WC, siège de douche). L’objectif est de réduire l’effort et le risque à chaque déplacement.

Le deuxième pilier est la coordination humaine. C’est le réseau de professionnels et de proches qui entoure la personne. Le choix entre SSIAD et IDEL est structurant, mais il faut aussi penser aux autres maillons : le kinésithérapeute qui vient pour la rééducation, l’aide-ménagère, le service de portage de repas. En tant que « chef de projet », votre rôle est de vous assurer que ces intervenants communiquent entre eux. Un carnet de liaison laissé bien en évidence au domicile est un outil simple et incroyablement efficace pour cela.

Enfin, le troisième pilier est la sécurité technologique. La téléassistance est l’exemple le plus connu, mais la technologie offre aujourd’hui bien plus. Des détecteurs de chute automatiques, des chemins lumineux qui s’activent la nuit, des piluliers connectés qui alertent en cas d’oubli… Ces outils ne remplacent pas la présence humaine mais ils offrent une surveillance discrète et permanente, rassurante pour le patient comme pour l’aidant. Comme le témoignent des familles ayant bénéficié d’une Hospitalisation à Domicile, se sentir « en sécurité grâce à une écoute tout au long de la journée » est un bénéfice majeur qui permet de recevoir des soins appropriés tout en restant dans son environnement familier.

Mettre en place cette approche systémique n’est pas une tâche simple, mais c’est la seule qui permette un maintien à domicile digne, sécurisé et durable. L’étape suivante pour vous, en tant qu’aidant, est de formaliser ce « Plan de Soin Unifié » en synthétisant les recommandations de chaque intervenant dans un document unique qui deviendra votre feuille de route partagée.

Rédigé par Antoine Richeux, Médecin coordonnateur en EHPAD et gériatre consultant, fort de 22 années de pratique hospitalière et libérale auprès des patients polypathologiques. Il est expert dans l'organisation des soins à domicile et la prévention des risques liés au grand âge.